« Je ne sais pas si je suis prête. »
« Je te comprends ! Et de manière générale, tu le vis comment ? »
« C’est drôle, mais je me sens complètement dépassée. »
Moi, je n’ai pas trouvé ça drôle, mais familier. Pourtant, ma réponse a été bien trop courte et bien trop banale : « Le mariage, ça demande du travail. Il faut sans cesse s’améliorer, mais quand on est tous les deux engagés, ça marche et ça peut être magnifique. »
Sa réponse tenait en quatre mots. « C’est vraiment pas facile. »
Ces quatre mots m’ont trotté dans la tête. Ils étaient sincères, et ils m’ont fait me poser des questions…
Tout le monde demande « quand ? ». Peu demandent « comment ? »
Dans beaucoup de familles rwandaises, dès qu’un jeune a passé la vingtaine, il entend la même question à chaque réunion : « Alors, c’est pour quand, le mariage ? » Même si elle part souvent d’un bon sentiment, elle finit par devenir franchement agaçante !
Mais regardez ce que contient cette question : une date, jamais une méthode. Personne ne demande : « Comment allez-vous gérer l’argent, tous les deux ? » ou « Que ferez-vous quand vous ne serez pas d’accord ? » Le mariage est traité comme quelque chose auquel on s’habitue tout seul une fois la cérémonie passée.
Alors, quand un jeune hésite, la famille y voit souvent de la peur, ou de l’entêtement. Parfois, ce n’est ni l’un ni l’autre. Parfois, c’est simplement quelqu’un qui mesure ce qui est en jeu et qui veut être sûr de son choix.
Mais cette hésitation est-elle justifiée ?
Les Rwandais se marient plus tard. L’âge moyen au premier mariage est désormais d’environ 28 ans pour les hommes et de 25 ans pour les femmes, et le nombre de mariages enregistrés a reculé d’environ 5 % entre 2024 et 2025. Les experts cités à ce sujet y voient l’effet de l’indépendance financière et des études des jeunes, mais aussi du fait d’avoir observé de près des mariages difficiles. Comme l’un d’eux le résume : « Aujourd’hui, les gens ont davantage de liberté pour décider s’ils veulent construire leur vie, quand et comment. »
Cette prudence repose d’ailleurs sur du concret. Les divorces sont en hausse et, parmi ceux enregistrés en 2025, environ 4 sur 10 concernaient des unions de moins de dix ans, selon
les statistiques nationales.Cela veut-il dire que le mariage échoue le plus souvent ? Peut-être ! Mais on peut aussi soutenir que les premières années sont déterminantes, et que ce sont malheureusement celles auxquelles on se prépare le moins.
On prépare le grand jour, pas les années qui suivent.
Pensez à tout ce que comporte un mariage rwandais : la cérémonie traditionnelle (gusaba et gukwa), le mariage civil, la bénédiction à l’église, la réception. Chaque étape a ses tenues élégantes, sa logistique et ses nombreuses formalités fastueuses, qui exigent des mois de préparatifs et un gros budget. Il y a des comités, des cotisations, des réunions. Nous avons tout un système pour ce jour « spécial ». Le mariage, lui, n’est pas un « jour spécial », ce n’est pas un événement. Il se vit dans le banal, dans l’ordinaire, et c’est sans doute pour cela qu’on lui accorde moins d’attention et qu’on le prépare moins.
Alors, quel système met-on en place pour cette vie nouvelle qu’est le mariage ? Qui gagne l’argent, qui décide ? Quelle distance garder avec chaque famille ? Comment gérer les conflits, les enfants, la foi, la perte d’un emploi ? Beaucoup de couples abordent ces sujets pour la première fois après le mariage, fatigués, en pleine dispute. En 2012,
un chroniqueur du New Times se demandait ce qui venait « ensuite » une fois le grand jour passé. Pour beaucoup, cette question ne se pose justement qu’après.
Mais même la préparation n’est pas un remède miracle. Une
revue de 2010 portant sur 47 études d’éducation prémaritale a conclu que ces programmes aidaient les couples à mieux communiquer, mais que les preuves d’une satisfaction durable restaient minces. La vraie préparation est peut-être plus simple : l’habitude de se dire la vérité, d’avoir tôt et régulièrement des conversations difficiles mais essentielles. Seulement, entre les préparatifs frénétiques du mariage et les mots doux, qui a le temps pour ça, n’est-ce pas ?
À quoi ressemble, au fond, un bon mariage ?
Nous le définissons rarement. Est-ce un mariage qui dure quarante ans, même s’il est silencieux et froid ? Un mariage sans conflit ? Un mariage où deux personnes continuent de grandir et de se choisir l’une l’autre ?
Beaucoup d’entre nous ont appris auprès des couples qui les entouraient. Aujourd’hui, les époux travaillent souvent tous les deux, vivent loin de leur famille et attendent à la fois de l’amitié et de la romance, de l’aventure et de la stabilité, une carrière qui avance et des enfants bien élevés, alors que la famille élargie s’implique moins qu’avant. C’est beaucoup plus demander à deux personnes, avec beaucoup moins de soutien.
Des questions à nous poser en tant que société
Ce n’est pas un verdict, mais une invitation : pour les parents, pour les jeunes, et pour toute personne qui s’est sentie dépassée par l’idée du mariage ou qui a déjà répondu à une confidence de ce genre par un conseil bref et générique.
Mettons-nous plus d’énergie à préparer le jour du mariage que la vie à deux qui s’ensuit ?
Le mariage doit-il rester le grand projet d’épanouissement d’une personne, ou n’est-il qu’une voie parmi d’autres vers l’accomplissement ?
« Jusqu’à ce que la mort nous sépare » est-il encore une attente réaliste, ou un espoir sincère qui exige une préparation tout aussi sincère ?
Quand nous pressons nos enfants de se marier, que leur offrons-nous d’autre qu’une date ?
Et surtout peut-être, que faut-il vraiment pour réussir son mariage à notre époque ?